Loin des bras, Metin ARDITI (Actes Sud)

Publié le par Le Prix Virilo


Lu par... François H-L
          
Dans un pensionnat suisse de la fin des années 1950 accueillant les rejetons mâles de l’élite de  ce monde, Metin Arditi nous présente une dizaine de personnages et nous les fait suivre au fil de ce superbe roman marqué par une écriture sensible et par une grande élégance narrative. Tous ces personnages, en fait le corps professoral de cet établissement de luxe,  sont, d’une manière ou d’une autre, des âmes brisées. La description brillante de leurs parcours, de leurs solitudes et de leurs interactions permet de révéler leurs drames et traumatismes. Certains se relèvent quand d’autres s’enfoncent.

 Le style est toujours dense, enlevé et pourtant extrêmement posé et discret. On est surtout frappé par la maîtrise psychologique dont fait preuve l’auteur ; Les caractères sont en effet analysés dans toutes leurs contradictions ; obsessions, brutalités, aigreurs, jalousies, mais aussi courage et noblesse parfois, pourtant toujours s’impose la pudeur d’une écriture tout en nuances et d’un style humble et doux. Tout ce qu’on demande à un roman est présent, fantaisie et audaces de la fiction, universalité des faiblesses humaines, dépaysement temporel et spatial, Vraisemblablement un des meilleurs romans lus cette année.                     



Lu par... Marine

Bienvenu dans un univers littéraire où la part belle est faite aux petits tourments et vices d’une chorale de personnages hauts en couleur ! En courts chapitres enlevés, au rythme cadencé et maîtrisé, nous nous repaissons des introspections minables ou plus profondes du corps professoral d’une pension pour enfants de riches mamans ou papas qui ne peuvent encombrer leurs vies si importantes de ces rejetons encore imprésentables en société. D’où le titre. Cependant, si ces enfants apportent un continuum au livre, ce ne sont pas eux les véritables sujets du livre, mais bien leurs directrice et profs, tous sur la sellette avec la menace de la vente de la pension huppée à un groupe américain ressemblant étrangement à nos fonds d’investissement actuels. Personne n’est blanc, la plupart même présente des caractéristiques largement réprouvées par nos sociétés (le jeu, la pédophilie, l’homosexualité, l’inceste, l’anorexie, l’antisémitisme, etc.). Un peu too much pour être crédible ? On n’en a cure, car ce roman pourrait tout aussi bien être une pièce de théâtre déjantée. Peut-être même aurait-il gagné à exagérer le ridicule de certaines situations pour gagner en amplitude. Mais peut-être cette retenue, malgré tout, est-elle la raison qui explique l’engouement pour ce livre. Qui sait.

Publié dans Critiques 09

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