Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, par Mathias Enard (Actes Sud)

Publié le par Le Prix Virilo

Lu par Philippe.

 

Enard---parle-leur.jpgSur une base historique solide, Enard nous conte la rencontre entre Michel-Ange et l’Orient, et se paie au passage un des plus joli titre de la rentrée.


Ave Zone, l'auteur nous proposait un livre qui se passait dans un train, mais absolument illisible sur un trajet « Saint-Etienne Chateaucreux – Paris Gare de Lyon ».

Avec « Parle-leur… », la tendance est bouleversée : ce livre se lit très bien sur le trajet « Lille-Europe – Marseille Saint-Charles ». C’est dépaysant, érudit sans perdre le lecteur, sans autre ambition que de bien raconter. C’est bien. Sans plus, sans moins.

 

Au plutôt si, un moins :  

« Un Homme sans moustache, c’est comme une maison sans balcon » Proverbe turc.

Tant de janissaires et de fiers ottomans imposaient une ou deux descriptions folkloriques.

Je vous le donne en mille : pas une ligne, rien. Ce n’est plus une faute de goût à ce niveau là, c’est une vraie lacune historique.

Nous attendrons qu’il sorte en poche pour vérifier la correction.

 

 

Re-lu par Claire.

 

 

Enard - parle le leurÀ la naissance du XVIe siècle, le sultan de Constantinople appelle Michel-Ange à son service pour le charger de la conception d’un pont destiné à traverser le Bosphore. Michel-Ange, alors miséreux et en froid avec le Pape qui lui doit une commande, part vers l’inconnu, son orgueil ne pouvant s’empêcher de répondre au défi : il réussira là où le grand Léonard de Vinci lui-même a échoué.

 

Mathieu Enard met en scène un Michel-Ange méconnu du grand public, alors au tout début de sa carrière. Déjà connu par ses contemporains, l’artiste est sauvage, solitaire, difficile, et met du temps à oser prendre le pouls de cette Constantinople si différente. Il lie des liens dont il n’a pas l’habitude : Mesihi, le grand poète, un marchand mystérieux, il s’enivre du souvenir d’une jeune chanteuse qui a le pouvoir de le troubler, lui l’homme de marbre. Il finira par fuir, les dessins commandés achevés, victime des conspirations politiques de ces temps compliqués. Homme à l’égo trop important, tout entier impliqué dans un processus créatif intense, il est impuissant face aux rouages des grands de son temps.

 

Le récit imagé et coloré de Mathieu Enard est agréablement rythmé par des phrases et des chapitres courts. Ses formulations poétiques, ses descriptions des sons et des couleurs, des rapports humains, des non dits, de l’ambiance tout à la fois feutrée et exubérante de la cour de Constantinople, étoffe ce court roman d’une texture sensuelle et envoûtante. La psychologie de Michel-Ange et l’analyse de ses réactions est bien menée, crédible, et passionnante pour nous qui avons été bercé par l’œuvre de l’artiste, même si « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » reste une fiction.

Le format, le thème choisi d’un épisode précis de la vie de Michel-Ange, mais aussi la structure séquencée de ce livre, en font une nouvelle sensible que l’on aimerait recommander à tous ceux curieux de la vie passée des grands artistes qui participent de notre culture européenne. Il permet en outre de s’intéresser à un contexte historique complexe de manière littéraire.

 

 

Mais aussi lu par Marine.

 

C'est bon, c'est délicat, c'est soyeux, c'est appétissant, ça se mange et se boit bien. Et le lendemain, on n'est pas balloné ni n'a-t-on de gueule de bois, car c'est très digeste. Un bon vin d'apéro, en somme.

Publié dans critiques 2010

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