"Emile l'africain", de Emile Brami


Emile est libraire et ne s'aime pas. Il croise une fille en début de perdition, près de la rue Notre Dame des Champs. Il éprouve du désir pour elle et lui propose son aide. Elle le raille. 
Il la retrouvera.          

             

"Voilà un étrange petit livre. Est-ce une nouvelle? Disons une fable.
Ne le cachons pas : nous avons très vite peur de voir ici une autofiction de plus, D'autant que le psychanaliste du narrateur est bien présent.
Mais si Emile Brami à choisit son reflet comme narrateur, c'est pour mieux se haïr. Entre tact et parti pris littéraire, l'auteur considère que la description de la bassesse humaine aurait été tristement moralisatrice si le punching-ball n'avait pas été à son image.
Emile Brami ne fait donc pas de cadeau à son doppfelgänger du livre. Pas d'issue pour cacher la lâcheté... Ainsi, le moindre geste de compassion ne peut être, après tout, qu'une forme éduquée de prétention...
Ce livre ne nous apprend rien de notre noirceur. Mais elle nous la donne à voir avec clarté, et donc recul et humour, aidée par une belle maîtrise du rythme du récit.
Certaines personnes sont des cruches et d'autres des carafes. Dans les deux cas, les livres parfois s'y décantent lentement pour révéler leur justesse et peu importe le nombre de pages. Ce fut le cas pour Emile l'Africain, et il est difficile de ne pas marcher du côté de Saint-Placide sans avoir une pensée pour lui."


"Si je ne m'étais fiée qu'aux premières pages de ce très court roman et aux notes de son éditeur, peut-être l'aurais-je rendu intact à la bonne âme qui me l'avait prêté, croyant avoir affaire à une énième introspection nombriliste que produisent si bien les auteurs français contemporains.
Seulement, le doute est permis quant à la réalité de toutes les tares que s'infligent l'auteur :
La perspective est si masochiste et cruelle qu'elle nous plonge d'emblée dans une ambiguïté dont le récit ne se départ jamais. La force de cette vraie/fausse autoflagellation est de ne pas mollir, jusqu'à contaminer le portrait de certains personnages secondaires à qui rien n'est épargné. Elle arrive au final à dépasser les normes habituelles de ce thème, qui attire le lecteur habituellement moins par le brio de la narration que par son racolage.
L'auto-analyse répond au fantasme des tiraillés : Délirs de la noirceur unique, ou de la gravité exceptionnelle de leurs problèmes. L'auteur est peut-être persuadé de sa propre bassesse, mais le fait est que le propos et le style concourent à produire un petit bijou d'humour noir. Noir certes, mais humour, car on sourit et on jubile souvent au cours de ces cent petites pages. La rapidité du récit contribue d'ailleurs à l'impression générale de justesse qui se dégage de sa lecture, malgré, ou grâce à, toute son ambiguïté."